Discussions tripartites : Faire avancer la transition énergétique de manière ciblée – assurer un soutien sélectif aux ménages à faibles revenus

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Discussions tripartites : Faire avancer efficacement la transition énergétique – un soutien ciblé aux ménages à faibles revenus

« Nous devons maintenant gérer la crise, le sauvetage de la planète peut attendre… » ?

C’est par cette déclaration provocatrice que le Dr. Felix Matthes, coordinateur de recherche pour les politiques énergétiques et climatiques au bureau berlinois de l’Institut Oeko, a introduit le 19 avril 2022 une conférence consacrée à la manière de faire face, dans le domaine de l’énergie, aux conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La réaction politique dominante de l’époque était claire : maintenir artificiellement les prix de l’énergie à un niveau bas grâce à d’importantes subventions publiques et remettre la transition énergétique à plus tard.

Or, la multiplication des crises géopolitiques et la déstabilisation de nouvelles régions du monde montrent que plus la dépendance aux énergies fossiles perdure, plus les finances publiques sont mises sous pression et plus la transition structurelle est retardée.

Certes, les débats actuels sont plus nuancés qu’en 2022. Aujourd’hui, tous les acteurs se prononcent en faveur d’un développement accru des énergies renouvelables et d’une transition énergétique. Les acteurs du secteur agricole appellent également, à juste titre, à repenser certaines dépendances, notamment vis-à-vis des importations d’aliments pour animaux.

Mais depuis le début de la guerre en Ukraine, l’État a investi des moyens financiers considérables pour stabiliser ou réduire les prix de l’énergie. Dans le même temps, des objectifs essentiels de la transition énergétique continuent à ne pas être atteints. La transition thermique, c’est-à-dire l’abandon des combustibles fossiles pour le chauffage, progresse très lentement ; le Luxembourg accuse ainsi un retard important par rapport aux objectifs fixés dans le PNEC (estimé à environ 80 %). Les objectifs en matière de mobilité électrique restent également encore très éloignés malgré certaines avancées.

La mobilisation de fonds publics importants pour réduire ou stabiliser les prix à court terme ne doit pas se faire au détriment des réformes structurelles nécessaires dans les domaines de l’énergie et du climat. Elle ne doit pas non plus envoyer des signaux contre-productifs, par exemple en favorisant indirectement les voitures à moteur thermique. Ce sont au contraire des réformes structurelles qui permettraient de renforcer la résilience face aux crises géopolitiques et d’atteindre les objectifs climatiques.

Plutôt qu’une politique de l’arrosoir : investir les fonds publics dans de véritables réformes et soutenir les ménages financièrement fragiles

Personne ne se réjouit de devoir payer davantage pour son énergie. Mais l’énergie a un coût et celui-ci doit, selon le consensus des économistes, refléter autant que possible la réalité.

Il est évident que les personnes disposant de faibles revenus doivent être accompagnées. En revanche, il n’est pas justifié d’utiliser l’argent public pour garantir des prix bas de l’énergie à l’ensemble des ménages.

Le Mouvement Ecologique estime donc que l’analyse des mesures d’allégement décidées dans le cadre de la Tripartite devrait respecter trois critères :

  • Les décisions prises ne doivent pas être en contradiction avec les objectifs de la transition énergétique. Aucun signal ne doit encourager la consommation d’énergies fossiles, que ce soit pour les ménages, l’industrie ou l’artisanat. Cela exclut notamment toute réduction généralisée du prix du gaz, du mazout ou des carburants.
  • Des mesures compensatoires ciblées doivent être prévues pour les ménages à faibles revenus afin qu’ils ne supportent pas de manière disproportionnée les conséquences de la crise énergétique.
  • Il est indispensable d’accélérer concrètement la transition énergétique au Luxembourg afin d’éviter de devoir revivre les mêmes débats lors de la prochaine crise.

 

Transparence : rendre publics les documents essentiels de la Tripartite

Si la Tripartite actuelle paraît plus transparente que la précédente, notamment grâce à la publication de certains documents du STATEC, cette transparence reste incomplète.

Selon les informations du Mouvement Ecologique, des calculs existent concernant l’impact de différentes hausses de prix sur l’indexation. Ces analyses sont pourtant essentielles pour éclairer les décisions politiques.

Il est donc indispensable que l’impact potentiel des évolutions de prix concernant l’électricité, le gaz, le mazout, l’essence et le diesel soit rendu public. À ce jour, ce n’est malheureusement pas le cas.

 

Oui à une intervention sur le prix de l’électricité, non à une réduction générale des prix des énergies fossiles

Le Mouvement Ecologique soutient une intervention publique sur le prix de l’électricité, car l’électrification constitue un pilier central de la transition énergétique. Il est essentiel que l’utilisation de l’électricité, notamment pour les pompes à chaleur ou les véhicules électriques, reste plus attractive que le recours aux énergies fossiles.

En revanche, il n’existe aucune raison de maintenir artificiellement bas les prix du mazout ou des carburants pour l’ensemble de la population. Les prix doivent refléter les coûts réels. Toutefois, les ménages à faibles revenus ne doivent pas être laissés seuls face à cette évolution. Des mesures ciblées, comme l’introduction d’un « crédit d’impôt mobilité », pourraient constituer une réponse adaptée.

 

Au-delà de la gestion de crise : accélérer réellement la transition énergétique

Le Mouvement Ecologique estime que le Luxembourg accuse toujours un retard important dans sa transition énergétique. Malgré les progrès réalisés dans le développement du photovoltaïque, le pays reste loin de l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Parmi les priorités figurent notamment :

  • une véritable offensive en faveur de la transition thermique (pompes à chaleur, réseaux de chaleur, préfinancement des installations, réduction de la fiscalité sur l’électricité utilisée pour le chauffage) ;
  • une stratégie ambitieuse de rénovation des bâtiments existants, y compris des logements vacants ;
  • une réforme du Klimabonus Wunnen afin de garantir un soutien plus juste et plus efficace ;
  • le développement d’une stratégie spécifique pour les immeubles collectifs et le secteur locatif ;
  • la mise en œuvre effective du Plan Climat et Social ;
  • l’introduction rapide du leasing social pour les véhicules électriques et les pompes à chaleur ;
  • un accompagnement renforcé des ménages les plus vulnérables.

 

Renforcer également la résilience du secteur agricole

Le Mouvement Ecologique plaide également pour :

  • une réforme des aides agricoles fondée sur le principe « des fonds publics pour des biens publics » ;
  • l’extension du concept Supply4Future à l’ensemble des cantines publiques ;
  • un soutien beaucoup plus ambitieux à l’agriculture biologique ;
  • une remise en question des accords commerciaux qui accentuent la dépendance aux marchés mondiaux.

 

Une crise qui exige aussi des réformes institutionnelles

Enfin, la transition énergétique nécessite également :

  • une amélioration significative des données statistiques disponibles afin de mieux cibler les politiques publiques ;
  • davantage de ressources humaines et une meilleure coordination entre les ministères ;
  • un dialogue approfondi avec l’ensemble des acteurs concernés afin de construire une transition énergétique socialement juste et efficace.

 

 

traduit par Deepl

6 juin 2026