Centre de données Google à Bissen : le Mouvement Ecologique exige une transparence totale et des exigences environnementales plus strictes de la part du ministère de l’Environnement

Dans le cadre de la consultation publique sur le centre de données de Bissen, le Mouvement Ecologique avait déjà souligné, dans une analyse de 31 pages, les problèmes fondamentaux liés à l’installation de Google. Il ressort notamment que Google prévoit de construire au Luxembourg un centre bien moins efficace que ce que permettent ses propres normes (!) et ce qui est techniquement faisable. La consommation énergétique du centre de données de Bissen équivaudrait finalement à celle de l’ensemble des ménages privés du Luxembourg… Mais la liste des lacunes est bien plus longue : utilisation de moteurs diesel polluants et extrêmement bruyants à la place de batteries ; absence de récupération de la chaleur résiduelle ; production très marginale d’énergie solaire, etc.

On ignore pour l’instant quelle suite sera donnée à ce dossier. Afin d’exiger davantage de transparence, l’avocat du Mouvement Ecologique a adressé un courrier détaillé au ministre de l’Environnement.

 

La clause de confidentialité de Google n’est pas admissible d’un point de vue juridique

La « confidentialité » de certaines données – notamment celles relatives au bilan énergétique et au bilan carbone – que le groupe revendique dans le cadre de la procédure publique est, selon l’analyse juridique, contraire au droit en vigueur. En effet, la clause de confidentialité exigée par Google concerne précisément les informations décisives pour l’évaluation publique du projet : besoins énergétiques, émissions, ainsi que les calculs relatifs au bilan carbone. Ces données ne peuvent être qualifiées de secret d’affaires, mais relèvent d’un intérêt public considérable.

Conformément au droit luxembourgeois, notamment celui relatif à l’accès aux informations environnementales, une clause de confidentialité ne peut en effet pas être utilisée pour priver les citoyennes et citoyens des informations essentielles sur les impacts environnementaux d’un projet. Or, c’est pourtant le cas à ce jour, car ce sont précisément ces documents qui n’ont pas été mis à disposition lors de la consultation publique ! Cette lacune doit être comblée par le ministère. C’est pourquoi le Mouvement Ecologique a demandé l’annulation de la procédure de consultation publique.

 

Publication de toutes les prises de position des autorités

En outre, le Mouvement Ecologique exige la divulgation de l’ensemble des avis des ministères et des administrations émis dans le cadre de la procédure d’évaluation environnementale. C’est la seule façon de comprendre quels risques ont été identifiés par les pouvoirs publics, quelles sont les préoccupations et quelles conditions sont discutées. Ces documents sont eux aussi soumis à l’obligation de publication prévue par la loi.

 

Valorisation de la chaleur plutôt que pollution climatique

Selon les plans actuels, Google rejetterait dans l’air des quantités considérables de chaleur résiduelle au lieu de les utiliser à bon escient. Or, les centres de données modernes injectent déjà leur chaleur résiduelle dans des réseaux de chauffage urbain et alimentent ainsi des quartiers résidentiels, des bâtiments publics ou des installations industrielles.

La chaleur résiduelle produite par Google à Bissen pourrait alimenter Ettelbruck, Diekirch ainsi que les entreprises voisines. Il est tout à fait absurde de simplement rejeter cette énergie précieuse dans l’environnement – et de contribuer ainsi à la catastrophe climatique – plutôt que de la valoriser pour le chauffage.

Les autorités ne contestent pas que l’utilisation de la chaleur résiduelle serait importante et judicieuse. Elles font toutefois valoir qu’on ne pourrait pas imposer cette utilisation à Google, car le Luxembourg ne dispose pas encore d’une loi sur le chauffage qui la réglementerait explicitement. L’avocat du Mouvement Ecologique conteste désormais cet argument dans sa lettre adressée au ministre. La législation en vigueur impose actuellement de telles obligations dans le cadre de l’exigence de la « meilleure technologie ». L’obligation de récupérer la chaleur résiduelle et de l’utiliser efficacement existe donc, selon le Mouvement Ecologique, dans l’esprit d’une politique énergétique moderne et responsable.

Compte tenu de la hausse des prix de l’énergie et de l’aggravation de la catastrophe climatique, mais aussi des engagements internationaux du Luxembourg, il ne serait absolument plus acceptable de rejeter de grandes quantités de chaleur inutilisées dans l’environnement. Un groupe comme Google se doit justement de respecter les normes les plus strictes en matière d’efficacité énergétique et de durabilité.

 

Rendre publique la manière dont le ministère de l’Environnement traite les objections

Actuellement, le ministère de l’Environnement analyse les objections qui ont été soumises dans le cadre de la procédure publique d’évaluation environnementale stratégique. Google sera ensuite informé s’il doit ou non apporter des améliorations à l’installation / au dossier, et si oui, lesquelles. Cette analyse du ministère de l’Environnement est bien sûr essentielle pour la suite du dossier. Elle doit être adressée à Google au plus tard 80 jours après la fin de la procédure publique (ce qui était le cas le 27 mars). Comme il s’agit d’un document public, sa transmission a également été demandée dans la lettre de l’avocat du Mouvement Ecologique.

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Du point de vue du Mouvement Ecologique, le projet de Bissen représente donc un tournant décisif pour le Luxembourg. La décision montrera si le pays est prêt à miser résolument sur la transparence, l’efficacité énergétique et la protection du climat lors de l’implantation de grands groupes technologiques. Le Mouvement Écologique réclame donc un débat public approfondi ainsi qu’une évaluation transparente et scientifiquement fondée de toutes les conséquences climatiques et environnementales avant qu’une autorisation définitive ne soit accordée. On attend avec impatience les réponses du ministre de l’Environnement.