Échange entre le Comité national d’action contre le nucléaire (Aktiounscomité géint Atomkraft) et le ministre de l’Énergie Lex Delles

Lors d’un récent entretien avec le ministre de l’Énergie Lex Delles, des questions centrales de politique nucléaire et énergétique d’une grande importance ont été abordées. Les discussions ont porté principalement sur une éventuelle prolongation de la durée de vie de la centrale nucléaire de Cattenom, ainsi que sur les évolutions européennes et régionales en matière de politique nucléaire.

 

Prolongation de la durée de vie de Cattenom : réactivation de la task force et préparation de la « visite décennale »

En introduction, le ministre a souligné l’importance d’anticiper dès à présent, de manière structurée, les différents scénarios possibles concernant Cattenom, afin que l’État puisse agir de manière crédible le moment venu.

Dans la perspective de la « visite décennale » prévue en 2027, le Comité d’action a proposé de réactiver la task force créée en 2012 après Fukushima, afin de renforcer le flux d’informations et les échanges avec la société civile et d’autres acteurs pertinents. L’alliance a également demandé que le gouvernement développe les expertises techniques et juridiques nécessaires pour identifier suffisamment tôt les possibilités d’intervention et les points d’attaque potentiels.

Le ministre s’est montré ouvert à ces propositions. Le Comité d’action est invité à adresser un courrier officiel aux ministères compétents afin de demander formellement la réactivation de la task force ainsi que le renforcement des expertises.

La question de savoir si des activités existent ou sont prévues en coopération avec les régions de la Grande Région – notamment la Sarre et la Rhénanie-Palatinat – a également été abordée. Le ministre a expliqué que des actions tant au niveau national qu’aux niveaux régional ou local pouvaient être pertinentes et que des approches à différents échelons devaient être poursuivies.

 

Situation de la prolongation de la durée de vie des centrales en Belgique

Le Comité d’action a demandé des informations sur l’état d’avancement des développements en Belgique. Le ministre a indiqué que la décision belge de prolonger la durée de vie des réacteurs Tihange 3 et Doel 4 jusqu’en 2035 était acquise, tout en soulignant qu’il existait une grande incertitude quant à la construction de nouveaux réacteurs. À l’heure actuelle, la question centrale est celle du financement de ces projets et de la recherche d’un exploitant.

La question des travaux de mise à niveau pour renforcer la sûreté des réacteurs existants a été prise en compte et fait actuellement l’objet d’un suivi interne.

 

Recours contre la taxonomie européenne : le Luxembourg ne participe pas à la procédure d’appel

Le ministre a précisé que le gouvernement avait décidé que le Luxembourg ne se joindrait pas à la procédure d’appel engagée par certains États membres de l’UE contre l’inclusion de l’énergie nucléaire dans la taxonomie européenne. Cette décision est considérée comme définitive, même si le Luxembourg reste juridiquement impliqué dans la procédure.

Dans le cadre de la politique européenne visant à se détacher des énergies russes, le ministre a également indiqué que la Commission européenne travaillait sur un projet qui intégrerait à l’avenir les matières fissiles.

 

Investissements luxembourgeois dans l’énergie nucléaire

Le Comité d’action a critiqué le fait que l’État luxembourgeois continue d’investir dans l’énergie nucléaire, notamment par l’intermédiaire du fonds de pension. Cela affaiblirait la crédibilité de la position luxembourgeoise dans les négociations avec la France concernant Cattenom. Une exclusion de ce type d’investissements par les institutions publiques serait plus cohérente.

 

Stratégie européenne sur les petits réacteurs modulaires (SMR)

Concernant les initiatives européennes actuelles sur les SMR, le ministre a expliqué que le Luxembourg, aux côtés d’autres États germanophones critiques à l’égard du nucléaire, continuait de s’opposer à ces développements. Cette position devient toutefois de plus en plus difficile à défendre, car un nombre croissant d’États membres de l’UE adoptent une position favorable au nucléaire. Une ligne rouge essentielle pour le gouvernement luxembourgeois demeure : les fonds européens ne doivent pas être utilisés pour la construction de nouvelles centrales nucléaires.

 

Information de la population sur l’énergie et le nucléaire

Le Comité d’action a suggéré que le gouvernement informe davantage la population sur les coûts et les risques de l’énergie nucléaire afin de contrer la forte diffusion de désinformation sur les réseaux sociaux. Le ministre a rappelé que la communication gouvernementale se concentre en priorité sur le développement des énergies renouvelables. Les questions relatives aux mesures d’information existantes, notamment en matière de prévention, font l’objet d’une concertation interne.

Dans ce contexte, la prochaine reconduction de la campagne sur les comprimés d’iode, coordonnée par les autorités sanitaires compétentes, a également été évoquée.

Dans l’ensemble, il s’agissait d’un échange très factuel et instructif. Une nouvelle réunion est prévue en mars.

 

16.12.25